Faut-il confier vos usages d’IA à un modèle propriétaire, accessible uniquement par l’application ou l’API de son éditeur, ou à un modèle « ouvert » que vous pouvez faire tourner chez vous ou chez un hébergeur français ? La réponse dépend de la licence, de l’hébergement, du coût et de la dépendance que vous acceptez. Nous avons vérifié les licences de Mistral, Llama et Qwen au 25 octobre 2026 sur les pages des éditeurs, et nous les comparons ici sans classement de performance.

Ouvert, « poids ouverts », propriétaire : de quoi parle-t-on ?

Un modèle de langage est un fichier de paramètres, les « poids », accompagné d’un logiciel qui l’exécute. Un modèle propriétaire n’est jamais livré : vous l’utilisez à distance, via l’application ou l’API de l’éditeur, et vos données vont jusqu’à lui. Un modèle à poids ouverts est téléchargeable : vous pouvez l’exécuter sur vos serveurs ou chez un hébergeur de votre choix, le modifier et l’adapter à vos données, dans les limites de sa licence. C’est cette licence, et non le seul fait que les poids soient téléchargeables, qui dit ce que vous avez le droit de faire. Certains éditeurs mélangent les deux approches : une partie de leur catalogue est ouverte, une autre n’est accessible que par leur API.

Les licences, vérifiées au 25 octobre 2026

Les trois familles citées dans le titre n’ont pas le même régime, et il évolue d’une version à l’autre. Le tableau résume ce qu’affichent les pages officielles des éditeurs à la date de rédaction.

Modèle (éditeur)Licence affichéeCe que cela implique pour une PME
Mistral Small 4, Mistral Large 3, Ministral 3 en 3, 8 et 14 milliards de paramètres (Mistral AI, France)Apache 2.0, selon la page des modèles de la documentation MistralLicence permissive : usage commercial, modification et redistribution possibles, en conservant les mentions de licence.
Mistral Medium 3.5 (Mistral AI)« Modified MIT » ; la fiche Hugging Face parle d’une licence autorisant les usages commerciaux et non commerciaux, avec des exceptions pour les entreprises à chiffre d’affaires élevé, sans préciser de seuilLire le texte de la licence avant un usage en production ; l’exception ne devrait pas viser une PME, mais il faut le vérifier.
Mistral Large 4 (Mistral AI)Annoncé en poids ouverts, publication attendue pour le 31 octobre 2026 selon la fiche Hugging Face ; licence non publiée à la date de rédactionAttendre la licence avant de planifier un déploiement.
OCR, Codestral, Mistral Embed (Mistral AI)Étiquetés « Premier » dans la documentation, sans licence ouverte affichéeAccès par l’API de l’éditeur ou par contrat ; pas de déploiement libre.
Llama 4 (Meta, États-Unis)Llama 4 Community License Agreement, en vigueur depuis le 5 avril 2025Usage commercial autorisé ; au-delà de 700 millions d’utilisateurs actifs mensuels, une licence spécifique doit être demandée à Meta ; obligation d’afficher « Built with Llama » et de faire commencer par « Llama » le nom de tout modèle dérivé.
Qwen3 et Qwen3.8, par exemple Qwen3.8-27B (Alibaba Cloud, Chine)Apache 2.0 : le dépôt officiel indique que tous les modèles à poids ouverts de la famille sont sous cette licence ; la fiche Qwen3.8-27B porte l’étiquette apache-2.0Mêmes libertés que pour les modèles Mistral sous Apache 2.0 ; l’origine de l’éditeur n’a pas d’effet sur la licence, mais compte dans votre analyse de confiance.

À retenir : au 25 octobre 2026, Mistral Small 4, Mistral Large 3, les Ministral 3 et la famille Qwen3 sont publiés sous licence Apache 2.0, Mistral Medium 3.5 sous une licence « Modified MIT » et Llama 4 sous la Llama 4 Community License, qui autorise l’usage commercial avec des conditions d’attribution ; la licence se vérifie modèle par modèle et version par version.

Deux précisions. D’abord, le site développeurs de Meta, vers lequel renvoie désormais llama.com, met en avant d’autres familles de modèles que Llama ; la licence de chacune se lit séparément. Ensuite, la documentation de Mistral tient à jour une table des modèles dépréciés et retirés, avec leurs dates : même chez un éditeur qui publie des poids ouverts, une version accessible par API finit par disparaître, alors que des poids téléchargés restent utilisables tant que vous les hébergez.

Où les faire tourner : chez vous ou chez un hébergeur français

Un modèle ouvert ne sert à rien sans machine pour l’exécuter, et les besoins varient énormément selon la taille. Mistral indique pour Mistral Small 4, un modèle de 119 milliards de paramètres au total dont environ 6 milliards actifs par jeton, une configuration minimale de quatre cartes NVIDIA H100, deux H200 ou un système DGX B200, et précise qu’il fonctionne avec vLLM, llama.cpp, SGLang et Transformers. Les Ministral 3 de 3, 8 et 14 milliards de paramètres se contentent de matériel plus modeste. Trois options s’offrent à une PME : acheter des serveurs GPU, ce qui suppose investissement, compétences et maintenance ; louer de la capacité chez un hébergeur français qui exploite le modèle pour vous et l’expose par une API ; ou utiliser l’API de l’éditeur. Les deux premières gardent vos données en France sous droit européen ; la troisième dépend de l’éditeur et de son hébergement. Notre article sur l’IA souveraine hébergée en France détaille cette question, et celui sur le cloud souverain face au cloud public pose le cadre général.

Coûts, qualité, mises à jour et dépendance

Sur les coûts, les modèles propriétaires se paient à l’usage, par jeton, ou par utilisateur, sans investissement initial ; les modèles ouverts coûtent en infrastructure ou en abonnement d’hébergement, avec un coût marginal faible une fois la capacité en place. Le point de bascule dépend de votre volume et de vos exigences de confidentialité ; il se calcule sur votre cas, pas sur des moyennes. Sur la qualité, nous ne publions pas de classement : les écarts entre modèles varient selon la tâche et la langue, et seule une comparaison sur vos propres cas d’usage est probante.

Sur les mises à jour, l’éditeur propriétaire change de modèle quand il le décide, ce qui apporte des progrès mais peut modifier le comportement de vos automatisations ; avec des poids ouverts, vous choisissez quand migrer. Sur la dépendance, enfin, un modèle ouvert hébergé en France est réversible par construction : vous pouvez changer d’hébergeur en conservant le même modèle, et la plupart des logiciels de service exposent une API compatible avec le format d’OpenAI, ce qui limite le code à réécrire. Un modèle propriétaire se quitte en renégociant un contrat et en retestant toutes ses requêtes. Le sujet rejoint celui de la souveraineté numérique européenne.

Comment choisir en pratique

Posez quatre questions. Quelles données passeront par le modèle ? Si des données de clients, de salariés, de santé ou des secrets d’affaires sont concernés, un modèle ouvert hébergé en France ou sur site est la voie la plus simple à défendre devant la CNIL et vos clients. Avez-vous besoin d’une capacité très spécifique, vision, voix, code ? Testez-la sur vos cas avant de trancher, ouvert ou non. Avez-vous les compétences pour exploiter des GPU ? Sinon, l’hébergeur français est le compromis réaliste. Quelle réversibilité voulez-vous ? Un modèle ouvert vous laisse la main ; un modèle propriétaire vous demande de faire confiance au contrat. Beaucoup de PME finissent par combiner : un modèle propriétaire pour des usages génériques sans données sensibles, un modèle ouvert hébergé en France pour tout ce qui touche aux clients.

Questions fréquentes

❓
Questions fréquentes
4 questions

La licence ne coûte rien, mais l’exécution se paie : serveurs GPU à acheter ou capacité à louer chez un hébergeur, plus l’exploitation et la supervision. Un modèle ouvert est gratuit à télécharger, pas gratuit à faire fonctionner.

La Llama 4 Community License autorise l’usage commercial, impose l’attribution « Built with Llama » et réserve un régime particulier aux services dépassant 700 millions d’utilisateurs actifs mensuels. Lisez aussi la politique d’usage acceptable et la fiche de chaque modèle, qui peuvent ajouter des conditions propres à une version.

Sur le plan de la licence, non : Qwen3 est publié sous Apache 2.0. Exécuté sur vos serveurs ou chez un hébergeur français, le modèle ne transmet aucune donnée à son éditeur. Restent les questions de qualité en français, de biais et de conformité à vos exigences sectorielles, qui s’évaluent par des tests, comme pour tout modèle.

Cela dépend de la tâche, de la langue et de la taille du modèle retenu. Nous ne publions pas de classement : la seule mesure fiable consiste à faire passer vos propres cas d’usage à deux ou trois modèles et à comparer les résultats, les temps de réponse et les coûts.

Sources

Vous hésitez entre un modèle ouvert hébergé en France et une API propriétaire

Odyssix héberge des modèles d’IA en France, sans entraînement sur les données de ses clients, avec un contrat de sous-traitance (DPA).

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